Régulièrement, notre pôle médiation faune-sauvage est sollicité au sujet de tortues trouvées dans la nature. Elles sont alors présumées abandonnées et en détresse ou, étant donné que toutes les tortues en Alsace ont été introduites, sont jugées indésirables et à « sortir du milieu naturel ».

Ne ramassez pas les tortues !

Risque de confusion et capture d’individus

La confusion entre espèces exotiques et françaises, notamment la Cistude d’Europe pose de gros problèmes. En effet, bien qu’introduite dans notre région, la Cistude n’en reste pas moins une espèce totalement protégée dont la capture est prohibée.

Cistude d’Europe (Emys orbicularis) ©Jean-Luc CAMILLIERI

Quant à la tortue « dite de Floride », la Trachémyde écrite (Trachemys scripta) en réalité, sa capture est interdite au titre de la réglementation sur les espèces exotiques envahissantes (arrêté ministériel du 14 février 2018 : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000036629851 ).

Tortue de Floride (Trachemys scripta) ©Matteo MORENO MISSAS

Votre bonne intention peut être contre-productive…

Ramasser un animal blessé est aussi une fausse bonne idée. Parfois, ce sont des lézards à la queue coupée qui sont apportés à des centres de soins alors qu’ils n’ont pas besoin de soins (la perte de la queue ou autotomie est un phénomène naturel, l‘animal va rapidement cicatriser).

Lézard des murailles (Podarcis muralis) avec queue en train de repousser ©Éloïse PARIOT

Même si l’intention est bonne, cela met davantage sa vie en péril que de le laisser sur place. La médecine vétérinaire des reptiles et amphibiens est complexe. Le stress de la capture et de la captivité affecte le système immunitaire et réduit les chances de guérison. Laissez-les dans la nature ! Les récupérer n’a aucune utilité en termes de préservation des populations, et s’ils ne survivent pas à leurs blessures, ils feront le bonheur d’un prédateur ou de nécrophages : ainsi va la vie sauvage !

…et tous les centres potentiels d’accueil sont saturés

BUFO n’est pas un centre d’accueil de la faune sauvage. Nous ne pouvons pas les récupérer. S’il existe des organismes susceptibles d’accueillir ces tortues, ceux-ci sont généralement saturés et n’en acceptent plus. Vous pouvez néanmoins essayer au zoo de Mulhouse dans le Haut-Rhin ou au Parc de Sainte-Croix en Moselle. Ne contactez pas les centres de soins LPO ou le GORNA, ils ne sont souvent pas équipés ou habilités à recueillir ces animaux et renvoient vers nous : le cercle vicieux se met alors en place…

Habitat saturé, à l’image des centres d’accueil ©Demian CARME

La loi est totalement muette sur le cas des animaux trouvés dans la nature. Nul ne sait qu’en faire. Nous sommes face à une absurdité, la France doit, comme l’exige l’Europe, mettre en place des infrastructures et des moyens de récupérer les animaux de compagnie abandonnés, mais ces moyens sont dérisoires. Il faudrait, à minima, un centre de récupération par département avec un réseau de collecte des animaux non domestiques abandonnés ou trouvés dans la nature.

Réglementation sur la capture et la détention des amphibiens et reptiles

De manière générale nous déconseillons de capturer des reptiles et amphibiens pour les amener à des centres de soins. La médiatisation d’animaux exotiques ou prétendus exotiques abandonnés dans la nature pousse certains et certaines à ramasser des espèces autochtones en les prenant pour des exotiques errants. Or, la capture des amphibiens et reptiles autochtones est interdite.

Nous recommandons donc de ne surtout pas toucher aux tortues, laissez-les où elles sont car vous risquez de ne plus pouvoir vous en débarrasser, toutes les portes se fermeront !

En les gardant chez vous, vous risquez de vous mettre dans l’illégalité car la détention de beaucoup de ces animaux est interdite ou soumise à une règlementation spécifique (certificat de capacité de détention d’animaux non domestiques, identification par puçage…). Seul·es les éleveur·euses d’espèces sinon domestiques dûment accrédité·es par la préfecture disposent de ces autorisations, et là aussi, leurs élevages sont souvent saturés.

Mais à qui appartiennent ces tortues du coup ?

Théoriquement, beaucoup de tortues (tortues nord-américaines, tortues terrestres…), si elles proviennent d’un abandon ou d’une évasion de chez leur propriétaire, doivent avoir une puce d’identification implantée sous la peau et un vétérinaire est susceptible de la lire et d’identifier le ou la prioritaire. Cependant, dans les faits, c’est rarement le cas car les animaux ont été acquis illégalement ou avant la mise en place de cette obligation : l’animal se trouve alors, avec vous, dans un vide juridique inextricable !

Rédaction : Vincent NOËL, Association BUFO
Corrections et mise en page : Éloïse PARIOT, Association BUFO
Photo de couverture : Tortue de Floride © Mathilde NAUMIAK