
Le cœur de la saison entomologique est derrière nous, mais une espèce de coléoptère s’apprête à connaître un pic d’activité : Oedemera femoralis, un grand oedemère nocturne. Fréquemment observé au printemps également, le pic d’observation automnal est néanmoins tout aussi marqué. L’espèce est attirée par les pièges alimentaires, mais surtout par la lumière, et peut ainsi s’observer de diverses manières : sur votre terrasse éclairée le soir, dans le faisceau de votre frontale lors de vos sorties à la recherche de la Salamandre tachetée, et bien sûr au drap pour nos amis lépidoptéristes encore attentifs aux hétérocères d’octobre.
Comme beaucoup d’Oedemera, les mâles ont la particularité d’avoir des fémurs enflés, d’où le nom de “cyclistes” avec lequel on affuble parfois ces espèces en français. La comparaison n’est pas si frivole, considérant que ces cuisses hypertrophiées ne sont pas juste des coquilles vides servant d’attributs sexuels, mais bien des cuisses littéralement musclées, jouant un rôle dans le maintien du mâle sur la femelle lors de la copulation (Burrows, 2020).

L’espèce est assez reconnaissable, bien qu’un risque de confusion existe avec Nacerdes carniolica. Cette dernière est cependant une espèce estivale, plus petite, sans anneau sombre sur les fémurs (qui ne sont d’ailleurs pas enflés chez les mâles), sans rétrécissement des élytres à l’apex, et quasiment jamais observée après le mois d’août. En altitude, on pourra aussi rester vigilant au très rare Calopus serraticornis, un autre grand Oedemeridae, mais également très improbable en automne.
Le cycle biologique complet d’Oedemera femoralis n’est pas encore décrit, et certaines inconnues subsistent. L’adulte est floricole (se nourrissant de nectar ou de pollen), mais les préférences écologiques de la larve ne sont pas claires. En Grande-Bretagne, Philp (2022) note une nette association des adultes et des larves au lierre ; au Luxembourg, Brisinger & Vitali (2022) considèrent la larve xylophage et associée au hêtre ; en France, Fadda (2016) associe plutôt les adultes au chêne. En Pologne, Kubisz (2006) indique également des connaissances lacunaires sur la larve, mais associe les adultes à une large variété de feuillus, ajoutant aux trois précités le tilleul, le saule, l’érable, et quelques essences plutôt arbustives comme le sureau, les clématites et les mûriers.

Il est clair que les mœurs nocturnes de l’espèce contribuent sans doute à des observations plus éparses que ses autres cousins Oedemeridae, et en l’état des connaissances l’espèce est potentielle un peu partout en Grand Est. On peut tout de même noter une concentration d’observations sur tout le piémont vosgien alsacien, et des observations plus occasionnelles sur le piémont jurassien, au-delà de 1000 mètres dans les Vosges, ainsi que localement dans les départements de l’Aube, Meuse, Meurthe-et-Moselle et Moselle.
Si ce groupe de coléos vous intéresse aussi le reste de l’année : Clé des Oedemeridae de France
Vincent CLÉMENT pour Imago
