
Le Grand Est compte sept espèces de géotrupes (Geotrupinae). Observables un peu toute l’année, on note toutefois une prépondérance des observations en fin d’été pour le genre nominal Geotrupes. La distinction des espèces n’est pas forcément chose aisée et ne fera pas l’objet de cette brève présentation, mais une vue dorsale nette et assez rapprochée permettra généralement de différencier les quatre genres. Dans l’ordre de « profondeur » croissante des stries élytrales, on aura :
– le genre Trypocopris, aux élytres d’apparence lisse et brillante (également caractérisé par l’effacement du rebord postérieur du pronotum) :
- Trypocopris pyrenaeus est à la fois très commun et facilement observable dans les Vosges, et peu répandu en Grand Est, puisqu’il n’est justement présent que dans le massif des Vosges, du piémont au sommet ;
- Trypocopris vernalis, peu fréquent mais présent probablement dans tout le Grand Est, y compris dans les Vosges où l’identification des Trypocopris doit donc se faire rigoureusement !
– Anoplotrupes stercorosus (le Géotrupe des bois, seul représentant de son genre) présente des stries élytrales bien visibles mais peu profondes, dont les interstries planes sont parcourues de nombreuses « rides ». C’est également l’espèce la plus abondante du Grand Est, omniprésente dans les Vosges ainsi que dans la plupart des grands massifs forestiers de plaine, à rechercher dans les plus petits boisements.
– le genre Geotrupes présente des stries élytrales profondes, et ses trois espèces sont par ailleurs nettement plus imposantes qu’Anoplotrupes. Les observations se concentrent dans le massif des Vosges, mais des données éparses dans le reste de la région indiquent que plutôt qu’une affinité altitudinale, la répartition a sans doute plus à voir avec la présence des espèces de mammifères dont les Geotrupes recherchent les excréments (vaches, chevaux…) en milieux ouverts. Les trois espèces qui sont donc à rechercher dans les pâtures sont :
- Geotrupes spiniger, peu fréquent ;
- Geotrupes stercorarius, peu fréquent ;
- Geotrupes mutator, le moins fréquent des trois, est aussi un peu plus facile à reconnaître du fait de ses 9 stries, comptées à mi-corps, entre la suture et le calus huméral (seulement 7 pour les deux autres espèces).

Les structures élytrales des trois principaux genres de Geotrupinae dans le Grand Est. À gauche : apparence lisse dûe aux stries élytrales quasiment absentes du genre Trypocopris (ici Trypocopris vernalis). Au centre : stries élytrales visibles mais peu profondes, interstries planes souvent parcourues de rides à peine moins profondes chez Anoplotrupes stercorosus. À droite : stries profondes et très marquées, interstries convexes, typiques du genre Geotrupes (ici Geotrupes stercorarius).
– Typhaeus typhoeus, le Minotaure, est l’espèce la plus facile à reconnaître avec ses trois « cornes » lui valant son nom commun (celle du centre étant parfois peu développée), en prenant toutefois garde de ne pas confondre les femelles, chez qui ces cornes sont peu prononcées, avec les Geotrupes dont la profondeur des stries élytrales est comparable. L’espèce est rare et restreinte aux zones au substrat sableux. C’est aussi la seule qu’on observera principalement à l’automne et au début du printemps, mais généralement pas pendant la période estivale.

Le minotaure, Typhaeus typhoeus. Si le caractère le plus remarquable reste bien sûr les cornes, notez aussi la profondeur des stries élytrales, aussi marquées que chez Geotrupes, ce qui peut être source de confusion chez les femelles.
L’objet de ce bref survol est bien sûr d’encourager tous les naturalistes à transmettre leurs observations, mais c’est également l’occasion de rappeler que pour des groupes un peu plus exigeants comme les géotrupes, la constitution d’une base de données saine passe par une complète transparence du processus de détermination. Pour les données de Geotrupidae, la détermination à l’espèce devrait systématiquement être accompagnée de la diagnose en commentaire, faisant foi de l’observation de tous les critères par l’observateur, et même idéalement des photos diagnostiques (élytres et sternites chez Trypocopris et Geotrupes, mandibules pour les Geotrupes également). Ce groupe fait en effet l’objet, encore aujourd’hui, d’un très grand nombre d’erreurs d’identifications. Amis naturalistes, prenez le bon réflexe, apprenez à reconnaître les genres, et joignez les photos dessus/dessous des bêtes que vous rencontrez
Pour aller plus loin, et identifier à l’espèce de manière consciencieuse, on pourra s’aider de la clé des Geotrupidae de France de Serge Peslier parue en 2004.
Vincent CLÉMENT pour Imago
