
L’objectif de la rubrique « La punaise du mois » est d’attirer l’attention chaque mois sur l’une des espèces parmi les centaines que comptent ce domaine taxonomique, au sein duquel beaucoup reste à étudier et connaître.
Parmi les grandes punaises terrestres Pentatomidés (= aux antennes avec cinq articles), une dizaine sont de coloration dominante verte, même si les individus hivernants peuvent nettement « brunir » ou « rosir ». Vincent Derreumaux (2014) en fait une synthèse très accessible dans sa Clé photographique simplifiée des punaises Pentatomidae vertes de France.
La souvent dénommée « Punaise verte » Palomena prasina est l’une des punaises les plus communes. On la trouve par milliers dans nos forêts de feuillus, tant au battage qu’en fauchant les herbes des layons forestiers ou des lisières, où, pendant tout l’été, les larves à différents stade se comptent par dizaines dans la filoche.
Ce pentatomidé a néanmoins une espèce jumelle : Palomena viridissima, qui semble beaucoup beaucoup plus rare, et dont on ne connait que peu de chose en réalité. Si elle paraît répandu dans une grande partie de la France, elle n’est qu’occasionnellement observée. Possiblement est-elle plutôt associée à des habitats plus innacessibles (frondaisons ?) , et donc moins attrapée. Mais en réalité la trentaine d’observations enregistrées sur Faune Grand Est témoigne de contextes d’habitats bien différent. Probablement que, avant tout, elle passe le plus souvent inaperçue du fait de sa confusion avec l’omniprésente P. prasina.
Bref… l’objectif de cet article n’est donc pas tant d’apprendre à reconnaître notre commune Punaise verte, que de rendre attentif aux critères permettant d’identifier sa cousine. En jetant un oeil averti à tous les spécimens de Palomena qui vous tomberons sous le nez, peut-être aurez-vous un jour la chance de tomber enfin sur la Palomena virdissima !

Les Palomena ne posent pas de difficultés pour les reconnaître. Les adultes (10-16 mm) sont entièrement vert, avec les antennes verdâtres à brun-rougeâtre, et la membrane enfumée. Se référer à la clé précédente pour les visualiser au sein de l’ensemble des pentatomes verts de France.
Eventuellement, le débutant pour être amené à douter avec la forme verte d’un autre grand pentatome introduit : la Punaise verte ponctuée Nezara viridula, abondante dans les friches et jardins. Celle-ci a la membrane transparente, et le haut du scutellum ponctué d’une rangée de 5 poins (2 points noirs encadrant 3 points blancs).

Une fois ce (petit) piège évité, visualisons les différences entre les deux espèces du genre Palomena. Les deux critères à comparer sont :
Palomena prasina :
– bords antéro-latéraux du pronotum : sensiblement droits, voire concaves ;
– antennes : longueur article II ≈ longueur article III

Palomena viridissima :
– bords antéro-latéraux du pronotum convexes ;
– antennes : longueur article II ≈2x longueur article III

En cas de suspicion de découverte de P. viridissima, ces critères doivent être vérifiés sur le terrain à la loupe, avec le bon angle de vue. La comparaison des articles antennaires sur photo est en effet difficile, car très largement dépendant de l’angle formé par l’antenne par rapport à l’objectif. Evidemment, le maximum de photo de la bête « à plat » doit être associé à la donnée.
En fin de compte, cette vérification doit devenir réflexe… et… qui sait ?!
Bonnes obs’ à tous
raynald moratin, association Imago