Le Carabe noduleux (Carabus nodulosus) est un coléoptère doublement exceptionnel : prédateur à l’écologie semi-aquatique, dont larves et adultes chassent leurs proies dans l’eau des ruisseaux forestiers de l’étage collinéen à montagnard, il est également l’un des rares coléoptères listés dans la Directive Habitats-Faune-Flore (DHFF) de l’Union européenne, et a conséquemment intégré en 2007 le cercle très fermé des coléoptères protégés en France (malgré quelques débats taxonomiques).

L’espèce est très localisée, et sa présence en France se limite aujourd’hui à trois départements : la Haute-Savoie, l’Ain… et le Haut-Rhin, où elle est à rechercher dans un secteur allant de la vallée de Munster au nord à la vallée de la Lauch au sud. Mais le Carabe noduleux est peu connu des naturalistes, et peu recherché : le secteur de présence est peut-être sous-estimé… En raison de son statut de protection, chaque observation compte !

On peut le trouver actif dès la mi-mars, et jusqu’à la mi-octobre, en prospectant le lit et les berges des ruisseaux forestiers en montagne, ou les zones marécageuses annexes. Des observations de jour sont possibles en soulevant quelques bûches, souches, cailloux… mais comme tous les carabes, l’espèce est essentiellement nocturne. Dans les Vosges, les quelques observations de Faune Grand Est se situent à des altitudes comprises entre 454 mètres et 952 mètres.

Exemple d’habitat pouvant abriter l’espèce (berges, vasques calmes, bois mort…) ⒸThomas WALTZER

Le statut légal du Carabe noduleux en Europe n’est pas un hasard : presque partout dans son aire de répartition, l’espèce est connue comme localisée et représente souvent un « graal » pour les entomologistes passionnés. En France, elle est considérée éteinte de plusieurs massifs montagneux où elle était autrefois présente (le Mont Dore en Auvergne, le Morvan en Bourgogne), et est également considérée éteinte dans plusieurs régions voisines frontalières (Belgique, Baden-Württemberg, Suisse, nord de l’Italie…). La raréfaction des zones humides, et notamment la dégradation des têtes de bassins, semble être le principal facteur de déclin pour cette espèce dite sténotope, c’est-à-dire fortement inféodée à un habitat particulier. Ainsi, le Carabe noduleux s’écarte peu des rus et zones de suintement, et comme de nombreux Carabidae, il est par ailleurs dépourvu de la capacité de voler. Il est donc particulièrement exposé à la fragmentation de son habitat et de ses populations. Au chapitre des menaces, le changement climatique n’est pas en reste : compte tenu de l’importance que revêt l’humidité du sol pour cette espèce, sa vulnérabilité au réchauffement et à la récurrence des sécheresses est élevée.

Sa présence dans le Grand Est, même localisée à une série de vallées vosgiennes, est donc une chance rare pour les naturalistes locaux. Nous vous invitons à rechercher et transmettre toutes vos observations de l’espèce, autant que possible accompagnées de photos (cliché sans manipulation). Rappelons que le statut de protection de l’espèce en proscrit bien entendu la collection.

Attention : si vous systématisez vos recherches, selon les secteurs et le mode de prospection adopté (recherche dans le lit même du cours d’eau par exemple), une désinfection de ses chaussures/bottes et de son matériel à une solution fongicide peut-être de mise, pour limiter au maximum le risque de diffusion de pathogènes comme l’aphanomycose (peste des écrevisses) ou la chytridiomycose (peste des salamandres).

Autre exemple d’habitat (suintement, ornières, bois mort…) ⒸThibaut FUCHS

Vincent CLÉMENT pour Imago